Cluny, cyclistes en quête de sens

DSC08891J’ai la chance d’habiter la jolie petite ville de Cluny en Bourgogne du Sud, site de feu la fameuse abbaye et destination touristique « culturelle » par excellence. La ville est structurée autour d’un axe principal qui traverse le centre, a voie unique montante, et est ceinturée par d’autres axes, certains à double-sens et d’autre à sens unique, permettant de rejoindre toutes les « portes » ramenant vers le centre.

L’objet de ce billet est la circulation à vélo sur cet axe principal et les quelques ruelles adjacentes en sens unique. Cette réglementation du sens unique était en vigueur quand je suis arrivé dans le coin voici plus de quinze ans (période dite « Rolland »), et fut modifiée lors de la période suivante dite « Delpeuch » (on aime les périodes à Cluny, avant c’était les abbés et maintenant c’est les maires), de 2008 à 2014. Les vélos furent autorisés à circuler à contre-sens, et notamment dans la rue principale. Utilisateur de vélo, j’étais content même si je roulais déjà souvent à contre-sens dans la période « Rolland » et me suis fait gauler plusieurs fois par la police locale, forcé de mettre pied-à-terre « parce que c’est le règlement ». 

Cela fait évidement un bail qu’en France existe une forte promotion vélocipédique, de nombreuses grandes villes ayant développé des systèmes de location de vélos et ayant adapté la réglementation routière pour permettre aux vélos de prendre les sens uniques à contre-sens. Avantages évidents: gain de temps pour les vélos, ralentissement des voitures, et promotion d’un mode de déplacement un peu plus physique et écologique. On appelle cela des Sens Uniques Limités (SUL) et on en trouve partout. Cluny s’inscrivait donc dans la logique d’une intelligence écologique et pragmatique, de nombreux touristes venant du Nord de l’Europe prenant de toute façon les sens uniques à contre-sens comme cela se fait chez eux, et n’imaginant pas que les choses soient différentes ici.

Las, un changement de majorité survenu en 2012 et inaugurant la période dite « Boniau » eut tôt fait de revenir à l’ancienne réglementation: fini les SULs, tant pis pour les vélos à nouveau obligés de faire le tour de la ville pour revenir dans le centre ou le bas de la rue principale. Raison invoquée: les SULs, c’est dangereux. Ah c’est sûr qu’un vélo descendant à contre-sens à pleine balle peut être dangereux, surtout que cette fameuse rue principale est très étroite, surtout dans la haut de la ville. A titre personnel, je ne prend jamais le contre-sens, SUL ou pas, dans la partie haute car, avec les voitures stationnées d’un côté, c’est juste trop étroit et le vélo doit s’arrêter ou monter sur un trottoir large de 20 cm pour laisser passer les voitures. Pas top. Mais au centre ou dans le bas, ça passe à condition de faire gaffe et de rouler prudemment, ce qui est le cas de la plupart de cyclistes. Les autres ne vivent pas longtemps.

Malheureusement, il est de toute évidence beaucoup plus risqué d’enlever les SULs et laisser aux bagnoles tous les droits que d’imposer une vigilance partagée avec les SULs, du simple fait que les gamins de la rue descendent à contre-sens de toute manière, tout comme les gens comme moi qui ont un peu de mal avec la dictature sécuritaire, et les touristes, qui partent du principe qu’un sens unique est nécessairement un SUL et qu’ils peuvent y aller. Donc nous avons désormais des cyclistes qui descendent « illégalement » et des voitures qui n’en ont rien à foutre desdits cyclistes, vu qu’elles sont dans leur droit. Une confrontation en lieu et place d’un partage de la route, des automobilistes qui font des remarques comme quoi « Monsieur vous roulez en sens interdit ! », des gamins qui descendent la rue à vélo parce que justement c’est interdit, et la police locale qui interpelle quand elle le peut. Le fourgon de gendarmerie remonte aussi régulièrement la rue, en marche lente et les regards sévères comme s’ils s’aventuraient dans une banlieue à risque, mais j’ignore s’ils s’ennuient au point d’interpeller les cyclistes à contre-sens. Cyclistes d’ailleurs assez rares, sauf en période estivale.

Mais les choses vont peut-être bientôt changer, en pire. La Municipalité a en effet décidé d’installer en ville des caméras de vidéo-surveillance… Et oui, même à Cluny, ville où la densité de bobos et de retraités doit être une des plus élevées de France. Certes il y a quelques dealers dans le coin, sans doute quelques truands comme partout et il y a même eut un meurtre voici quelques années, mais ces gens évitent en général de se placer sous les caméras. Ces caméras, si elles sont installées car une pétition contre cette inadmissible incursion policière dans la vie des gens tourne en ce moment (1), seront évidement placées dans le centre et dans la rue principale. L’un des buts serait-il d’identifier les cyclistes à contre-sens? Cela paraît probable car on voit mal qui d’autre cela pourrait viser.

Bref, c’est pas gagné.

 

(1) https://www.change.org/p/11305655/u/20431595?utm_source=petition_update&utm_medium=facebook&utm_campaign=fb_comment&fb_action_ids=1511318285554052&fb_action_types=og.comments

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