Semer des graines de doute – conférence


Suite au travail réalisé en 2011-2012 intitulé « Semer des graines de doute » et disponible sur ce blog, j’ai été invité à animer un café-débat sur ce thème à Cluny, dans le cadre du Mois de la Ruralité organisé par les Foyers Ruraux de Saône-et-Loire. La vidéo ci-dessus reprends l’essentiel de ma présentation.

Bombardement de Al-Bara en Syrie. Réalité ou fiction?

Pour comprendre le pourquoi de ce billet, il faut d’abord regarder cet extrait de documentaire sur le site de PBS Frontline « The bombing of Al-Bara ». Le documentariste Olly Lambert se prépare à interviewer le chef de guerre rebelle Jamal Maarouf lorsqu’on entend un jet suivi d’un « boum », puis une colonne de fumée est filmée au-dessus d’un pâté de maisons à quelques centaines de mètres. Attaque interprétée comme une tentative ratée d’attentat du régime de Bachar el-Assad sur Jamal Maarouf. Olly Lambert se dirige alors vers la scène et filme des gens blessés ou en pleurs qui soit quittent les lieux, soit recherchent des survivants dans les décombres.  On voit et entend la colère des habitants contre Assad, un camion avec des traces de sang dans lequel des victimes ont été évacuées, bref l’horreur de la guerre civile. Lire la suite « Bombardement de Al-Bara en Syrie. Réalité ou fiction? »

Origines de la bêtise

Origines de la bêtise

Gustave Flaubert écrivait: « La Terre a ses limites, mais la bêtise humaine est infinie« . Un rapide coup d’oeil sur ce qui nous entoure valide instantanément cette citation, de la Corée du Nord au vat-en-guerre américain en passant par les extrémistes religieux, les politiques d’austérité et les récompenses faites aux banquiers pour avoir mis l’économie à sac. Même si une bonne part de toute cette apparente bêtise est en fait le résultat de la profonde corruption qui ronge la plupart des Etats, tout ne lui est pas attribuable et la bêtise fleurit très bien dans les jardins les mieux entretenus.

La bêtise a ceci de particulièrement remarquable qu’elle n’est pas la description d’un manque d’intelligence, mais un processus indépendant de l’intelligence logique (traditionnellement mesurée par le QI) susceptible d’affecter n’importe qui, peu importe son éducation, sa culture, sa position sociale ou son QI. Pire encore, la bêtise des gens dits intelligents (avec un QI élevé), qui ont tendance a occuper des « postes a responsabilités », est d’autant plus grave et dommageable qu’ils (ou elles) sont en situation de pouvoir. Lire la suite « Origines de la bêtise »

Semer des graines de doute – Feuillet 7

Feuillet précédant                     Introduction

Troisième partie : Le doute en action (suite et fin)

Moyens mis en œuvre

Le blog Ze Rhubarbe Blog

En 2008, récemment abonné au nouveau journal en ligne Médiapart, de découvrais la partie « Club » du journal au sein duquel tout abonné pouvait lancer un blog personnel, qui serait visible par n’importe qui mais que seuls les abonnés à Médiapart pourraient commenter.J’y créais donc un blog intitulé Ze Rhubarbe Blog, que j’alimentais assez régulièrement jusque mi-2010 et nettement moins depuis. J’étais également, les deux premières années, un ardent contributeur à cette plateforme, commentant de nombreux articles et blogs, participants à des conversations parfois très intéressantes en ligne, jusqu’à arriver à un sentiment de tourner en rond, de toujours revenir sur les mêmes discours et l’envie de passer mon temps en ligne à fair autre chose. M’étant rendu compte que la liberté d’expression sur une telle plateforme était limitée du fait du droit de censure de la Rédaction, je créais en mai 2010 un blog indépendant sous l’outil WordPress et hébergé sur Yahoo aux USA. Également baptisé Ze Rhubarbe Blog, son adresse web est www.rhubarbe.net. C’est depuis lors mon blog principal, dont certains articles sont recopiés sur le blog Médiapart, sur Agoravox et, un temps, sur le site « LePlus » du NouvelObs. Lire la suite « Semer des graines de doute – Feuillet 7 »

Semer des graines de doute – Feuillet 6

Feuillet précédant                     Introduction

Troisième partie : Le doute en action

 Cette dernière partie traite de ma propre approche du doute au travers d’exemples concrets développés dans ma pratique, entièrement bénévole, de blogueur parfois polémique et de participants à un mouvement d’éducation populaire.

La posture critique

En août 2008 je publiais sur le site Médiapart un billet sur la liberté d’expression1 en m’en prenant à l’interdiction du livre du général Aussaresse: « Je prends un exemple politiquement incorrect: la publication par les éditions du Rocher du livre du général Aussaresse “Pour la France, Services Spéciaux, 1942-1954″. Je n’ai pas lu ce livre et n’ai absolument aucune sympathie pour le personnage, mais j’estime que ceux qui ont fait ce procès, notamment la Ligue des Droits de l’Homme, commettent un abus de justice: à partir du moment ou personne n’est obligé de lire ce livre, que ce n’est pas un exercice en flagrante diffamation, on ne doit pas l’interdire, et ce d’autant moins qu’il représente une certaine réalité historique, aussi horrible soit-elle. C’est une question de principe, soit on accepte la liberté d’expression, soit on ne l’accepte pas, il n’y a pas de situation intermédiaire». Le livre est interdit par la justice française, mais en janvier 2009 la Cour Européenne des Droits de l’Homme rejette cette décision, arguant ainsi : « La publication d’un témoignage de ce type s’inscrivait indubitablement dans un débat d’intérêt général d’une singulière importance pour la mémoire collective : fort du poids que lui confère le grade de son auteur, devenu général, il conforte l’une des thèses en présence et défendue par ce dernier, à savoir que non seulement de telles pratiques avaient cours, mais qui plus est avec l’aval des autorités françaises. » La Cour Européenne en profita pour rappelle sa jurisprudence établie depuis 30 ans, aux termes de laquelle la liberté d’expression vaut non seulement pour les informations ou idées considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent. Lire la suite « Semer des graines de doute – Feuillet 6 »

Semer des grains de doute – Feuillet 5

Feuillet précédant                     Introduction

Deuxième partie : La nature du doute (suite)

De la logique cartésienne à la sémantique cognitive

 Nous sommes, pour la plupart, encore baigné dans l’idée développée par Descartes que l’esprit humain conscient fonctionne sur une base logique, rationnelle, universelle, émotionnellement neutre, au profit de notre propre intérêt. Nous vivons toujours dans la notion d’une dualité esprit / matière et d’une conscience désincarnée. Cette vision à été affinée au fil du temps, jusqu’à Chomsky et ses travaux sur la linguistique : il existerait une forme de langage grammatical pur, objectif et parfaitement logique, et notre capacité à communiquer dépendrait avant tout de notre maîtrise « technique » de ce langage. De ce point de vue rationnel, un mot ou une phrase donnée existe par elle-même en tant que « porteuse de sens » et nos esprits intègrent ces données dans une forme de processus logique mental nous permettant ensuite d’agir. L’esprit, et plus spécifiquement le cerveau, n’est alors qu’un calculateur biochimique qui pourrait parfaitement être remplacé, en principe, par un calculateur mécanique ou électronique, et c’est même cela qui fonde le champ de l’intelligence artificielle.

Mais, cette approche dualiste à été mise à mal au fil du temps, avec par exemple les travaux de Antonio Damasio1 en 1994 dans « L’Erreur de Descartes » où il démontre que la rationalité ne fonctionne pas sans émotions, donc nécessite l’existence du corps. Lire la suite « Semer des grains de doute – Feuillet 5 »

Semer des graines de doute – Feuillet 4

Feuillet précédant                     Introduction

Deuxième partie : La nature du doute

Autant la première partie de ce travail tente de donner le contexte général dans lequel s’inscrit la nécessité du doute, autant cette seconde partie tente de répondre à la question de « qu’est ce que le doute, de quoi est-il le nom ? » au travers d’une analyse de notre manière de penser, de prendre en compte la réalité. Premièrement une introduction au mythe de la méthode scientifique, qui recouvre parfois d’un voile d’infaillibilité les résultats plus ou moins scientifiques qui s’en réclament. Ensuite une introduction à la pensée réelle, métaphorique, intégrée au corps et en opposition avec le mythe de la pensée rationnelle, éthérée et universelle. Un auteur, Olivier Clerc, également directeur de la collection « Les dix plus gros mensonges sur… », nous livrera ensuite son parcours de questionnement.

Une démarche de Recherche-Action

Ce travail s’inscrivant dans une démarche de Recherche-Action qui, « à l’inverse de la recherche fondamentale, a pour postulat que de l’action peut naître des connaissances, et, à l’inverse de la recherche appliquée, que l’action se construit à travers un questionnement des apports de la recherche1 ». En 1986 la Recherche-Action était définie lors d’un colloque de l’Institut National de Recherche Pédagogique comme suit : « recherches dans lesquelles il y a une action délibérée de transformation de la réalité ; recherches ayant un double objectif : transformer la réalité et produire des connaissances concernant ces transformations2 ».

L’expérience du doute est ontologiquement une démarche de Recherche-Action (RA) du fait qu’elle implique directement celui ou celle qui doute, qui questionne, et qui vise sinon à transformer la réalité, du moins à en transformer notre compréhension. Dans le cadre de ce travail j’analyse ma propre posture et mon action face à des questionnements de « vérités officielles » qui participent au formatage social. Lire la suite « Semer des graines de doute – Feuillet 4 »

Semer des graines de doute – Feuillet 3

Feuillet précédant

Première partie : Le contexte du doute (suite)

Le contexte médiatique

L’environnement médiatique actuel en France, et dans le monde en général, est caractérisé par une concentration relativement forte. Comme l’indique un article de 2004 de l’Observatoire Français des Médias, « Le grand nombre de titres de presse écrite, de chaînes de télévision, d’éditeurs de livres masque l’ampleur de la concentration dans les médias et ses effets dévastateurs. La concentration au sein de chaque média (concentration dans la télévision, la presse…) n’est qu’un aspect de la concentration car les groupes les plus puissants sont multimedia. Ils ont des positions fortes à la fois dans la télévision, la presse, l’édition, … et sont intégrés à des groupes industriels (Lagardère, Bouygues, Dassault, …). » On trouve le détail des titres contrôles par les grands magnats français sur le site « Pour l’indépendance et le pluralisme des médias »

1.Certes, la loi anti-concentration française empêche un groupe donné de posséder plus de 30% de la diffusion totale de la presse quotidienne d’information politique et générale, ni de posséder à la fois une télévision de diffusion nationale, une radio de diffusion nationale et un quotidien de diffusion nationale. C’est déjà quelque chose, mais il n’en reste pas moins une forte concentration aux mains d’industriels qui défendent fondamentalement les mêmes intérêts. Existe heureusement un vaste choix de sources dites alternatives non alignées à des groupes commerciaux (mais défendant néanmoins des points de vue assez spécifiques qui ne sont pas toujours très explicites), essentiellement sur Internet, dont on trouvera une introduction sur la page Wikipédia « Médias Alternatifs2 ». Certains sont participatifs (Rue89, Agoravox, Mediapart…), d’autres de format de diffusion classique mais avec une analyse différente des médias habituels : Voltairenet, Acrimed, Bakchich… on en trouvera une liste sur le site « Commentcamarche 3».Hors France, de nombreux journalistes indépendants offrent des analyses dans des styles variés : Democracy Now4, The Corbett Report5, Pro-Publica6 parmi tant d’autres. De nombreux blogs individuels ou collectifs à vocation informationnelle constituent une galaxie alternative où se côtoient le meilleur et le pire. Selon Wikipédia il existerait aujourd’hui de l’ordre de 158 millions de blog7, publiant de l’ordre de 1 million de nouveaux billets par jour. Une majorité de ces blogs sont essentiellement inactifs. Il y aurait à peu près 20 millions de blogs francophones. En face de ces blogs, de l’ordre de 2 milliards d’internautes dont 38 millions en France début 20118. Lire la suite « Semer des graines de doute – Feuillet 3 »

Semer des graines de doute – Feuillet 2

Feuillet précédant

Première partie : Le contexte du doute

Dans un monde parfaitement rationnel, le doute serait ce qui nous obligerait à analyser de manière objective toute nouvelle proposition au regard de ce que nous savons déjà être vrai ou faux. Dans la réalité, le doute est l’expression d’un décalage entre cette proposition nouvelle et l’ensemble des connaissances, des croyances, des formatages qui fondent le « nous » en général et le « moi » en particulier. Aujourd’hui le doute, dans un monde favorisant l’extraversion, la puissance et le confort des certitudes médiatisées, a mauvaise réputation du fait de sa subjectivité, de l’indécision qu’il génère, du temps qu’il fait « perdre », de sa nature indisciplinée. Les institutions, les partis politiques, les entreprises, l’école, les religions visent toutes l’éradication du doute au profit de la discipline, élément central de tout système hiérarchique garantissant les privilèges des couches supérieures non plus grâce, du moins en nos sociétés occidentales, à l’exploitation des populations mais à la fabrication de l’illusion du contentement. Cette idée n’est pas nouvelle, en 1899 déjà le philosophe Thorstein Veblen publiait une étude intitulée « La Théorie des Classes de Loisirs 1» décrivant la continuation de la structure sociale féodale à l’ère industrielle : d’un côté les classes industrieuses obligées de produire pour vivre, de l’autre les classes de loisirs composées des dirigeants, des clergés, des militaires, athlètes et artistes auxquels s’ajoutent les capitaines d’industrie et les technocrates. Cette classe de loisirs est caractérisée par sa consommation ostentatoire et sa très faible productivité économique, mais elle génère les symboles et les illusions que les classes industrieuses utilisent pour donner du sens à leur propre existence. Cette structure sociale est hautement visible à notre époque : les cirques électoraux récents tel Obama vs Romney ou Hollande vs Sarkozy, les grands événements sportifs, la glorification guerrière, la montée en puissance des intégrismes religieux, le charity business, la « pipolisation »  médiatique en attestent ad nauseam.

 Cette première partie s’attache donc à contextualiser la notion de doute, après une courte introduction autobiographique décrivant ce qui m’amène à traiter cette question. Lire la suite « Semer des graines de doute – Feuillet 2 »

Semer des graines de doute – Feuillet 1

Je publie ici, sous la forme d’une suite de feuillets, un petit mémoire que je viens de terminer ayant pour titre « Semer des graines de doute » et réalisé dans le cadre d’un atelier d’écriture en Recherche-Action. Cet atelier, dénommé CIRAL (Certificat d’Initiative à la Recherche-Action Locale) organisé par l’Université Rurale du Clunisois en collaboration avec plusieurs partenaires dont le Collège Coopératif de Paris, l’ONG sénégalaise OFAD NAFOORE, l’IPAR et les Foyers Ruraux, s’adresse à des personnes ayant déjà fait une démarche dite « d’autobiographie raisonnée » ayant débouché sur une « question de recherche », c’est-à-dire une thématique dans laquelle la personne se sent impliquée (à titre professionnel ou non, peu importe) en tant qu’acteur/actrice, mais qu’elle désire contextualiser et examiner plus à fond.

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Semer des graines de doute

Introduction

Dans le cadre de mon mémoire de Certificat d’Initiative Locale « Pour une émancipation monétaire locale » réalisé en 2009-2010, j’écrivais dans le paragraphe relatif à l’Education Populaire : J’ai l’impression que le contexte social actuel pousse l’éducation populaire vers un retour à ses objectifs d’origine de construction citoyenne, face à un sentiment de plus en plus général d’une république en danger non pas cette fois du fait de l’armée et de l’église, mais du fait de la prévalence mafieuse d’intérêts particuliers au sein de nos institutions et, consécutivement, du retour de la barbarie à tous les niveaux. La capacité à remettre en question les principes et « vérités » que l’on nous impose, et de le faire publiquement chacun à son niveau, me paraît constitutif de notre nécessaire émancipation individuelle et collective.

Si, comme le disait le grand physicien Richard Feynman, le doute est inhérent au processus de connaissance et que la connaissance est ce qui permet de s’émanciper des idées fausses, le doute est la première étape dans l’évaluation d’une proposition. J’argumente ici la nécessaire critique des énoncés des pouvoirs institutionnels, économiques, politiques, scientifiques et médiatiques, au travers d’une contextualisation de la notion de doute ainsi que de ma propre expérience, dans le cadre d’une démarche de Recherche-Action . Je propose que le retour à une « éducation populaire de combat » requiert une culture du doute ainsi qu’une compréhension moderne de nos mécanismes de pensée consciente et inconsciente. Ce travail vise à participer au développement local en éclairant et précisant la nécessité et les modalités de la pensée critique dans le monde actuel. J’espère qu’il interpellera ceux et celles cherchant à s’émanciper et à émanciper la société des dominations prédatrices.

Le doute, c’est l’état de l’esprit qui ne se sent pas en possession de la vérité.

Emile Durkheim

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